Scandale des « permis faciles » : les tentacules de la criminalité dans l'Administration publique au Tessin, 2017
Enquête menée en 2017
En février 2017, le canton du Tessin est secoué par un scandale qui touche l’administration publique, donc l’Etat: des permis de séjour falsifiés ou obtenus illégalement étaient monnayés auprès d’étrangers en situation irrégulière, par l’intermédiaire d’entreprises malhonnêtes du bâtiment, en particulier dans le secteur des échafaudages. Une affaire qui a révélé des failles systématiques au sein de l’Office de la migration (SPOP) et mis en lumière des pratiques opaques au cœur des institutions cantonales.
Un trafic organisé au sein des institutions
L’affaire éclate dit des « permis faciles » éclate au grand jour impliquant l’Office de la migration (SPOP) du Département des institutions du canton du Tessin. Les investigations ont mis au jour un réseau de vente de permis de séjour falsifiés et obtenus frauduleusement, écoulés auprès de travailleurs étrangers en situation irrégulière par l’intermédiaire d’entreprises malhonnêtes du bâtiment, dans le secteur des échafaudages. Ces documents leur permettaient d’exercer illégalement une activité professionnelle en Suisse.
L’affaire a été révélée à la suite d’un contrôle de routine mené dans une entreprise d’échafaudage du Sopraceneri. Les autorités ont alors découvert que des permis avaient été délivrés de manière illicite, ouvrant la voie à une enquête plus large.
Une enquête personnelle au service de la transparence
À l’époque, j’étais responsable de la communication du Parti socialiste tessinois. Fort de mon expérience de plus de dix ans comme researcher à la RTS (Radiotélévision suisse), j’ai mené, en parallèle de mes fonctions, une enquête sur ce cas. Cette investigation a permis de contribuer aux prises de position publiques sur cet affaire du PS tessinois , de son président Igor Righini et au chef groupe au Grand Conseil. Cette démarche s’inscrivait dans une analogie de mon travail sur un autre scandale, l’affaire Argo 1.
Les révélations et les demandes du PS tessinois
Les médias locaux ont rapidement relayé les premières informations. Au-delà des révélations de la presse, mon enquête et ma recherche documenetaire ont permis d’étayer les positions du PS tessinois. Le parti a exigé le renforcement des contrôles pour protéger le marché du travail cantonal, les entreprises honnêtes et l’intégrité des procédures administratives.
Parmi les mesures proposées : l’utilisation maximale des effectifs d’inspecteurs du travail, une possibilité explicitement prévue par les lois et décrets cantonaux, mais jusqu’alors sous-exploitée.
Rencontre avec un complice : le cœur du système frauduleux
Mon enquête m’a conduit bien plus tard à rencontrer et interviewer l’un des principaux complices mis en cause, peu avant son expulsion de Suisse. Cette interview, qui a eu lieu dans un hôtel-restaurant modeste de Bellinzone, a révélé le point de vue de ce complice concernant des détails étifiants sur ce cas.
Le complice, un étranger titulaire d’un permis de séjour, avait des antécédents judiciaires liés à la consommation et au trafic de stupéfiants. Il agissait en collaboration directe avec un employé cantonal qui fournissait les permis falsifiés aux entreprises. Le mécanisme : des documents vierges étaient détournés des stocks de l’Office de la migration grâce à un stratagème administratif. Ces documents étaient déclarés « erronés » dans l’inventaire, ce qui justifiait leur destruction théorique – laquelle, en réalité, n’avait jamais lieu. Les complices pouvaient alors les utiliser pour fabriquer de faux permis. Cette interview n’a jamais vu le jour, un accord avec la presse tessinoise n’ayant pas été trouvé vu que le cas n’était plus d’actualité.
À suivre : l’interview consacrée à cet entretien sera publiée prochainement sur ce site, en complément.
Sources et documents
« Igor Righini, vingt inspecteurs tout de suite » – laRegione, 18 février 2017 : Igor Righini, venti ispettori subito
Communiqués de presse et prises de position du PS tessinois : Tout de suite 20 inspecteurs du travail de plus – le cas des « permis faciles » (24 février 2017) · Righini insiste : plus de contrôles. Dans ce cas, deux clics auraient suffi (3 mars 2017) · Plus de contrôles et une meilleure surveillance du marché du travail (9 mars 2017)