Argo 1 — tableau des acteurs
Note méthodologique. Ce tableau distingue les faits établis (documentés par le rapport de la Commission parlementaire d’enquête, les interpellations parlementaires, les communiqués du PS ou la presse citée) des hypothèses ou zones d’ombre, signalées comme telles. Les personnes citées l’ont été dans un cadre public et parlementaire ; plusieurs ont été pénalement disculpées, ce qui est précisé. Aucune affirmation de culpabilité n’est portée au-delà de ce qui a été jugé.
Les institutions et entités
| Sigle | Nom complet | Rôle dans l’affaire |
|---|---|---|
| DSS | Dipartimento della sanità e della socialità | Département cantonal qui a attribué le mandat à Argo 1 ; dirigé par Paolo Beltraminelli |
| DASF | Divisione dell’azione sociale e delle famiglie | Division du DSS, échelon hiérarchique au cœur du dossier |
| USSI | Ufficio del sostegno sociale e dell’inserimento | Office rattaché à la DASF, gérait l’accueil des requérants |
| SRA | Servizio richiedenti l’asilo | Service de l’asile, au sein de l’USSI |
| Argo 1 SA | — | Agence de sécurité mandatée pour surveiller les centres ; détenue par Otenys SA |
| Otenys SA | — | Société mère d’Argo 1, au passé sociétaire opaque |
| MPC | Ministero pubblico della Confederazione | A mené l’opération antiterroriste du 22.02.2017 |
| Fedpol | — | Police fédérale, intervenue dans l’opération |
| CPI | Commissione parlamentare d’inchiesta | Commission d’enquête créée le 06.11.2017, rapport du 17.01.2019 |
| CCF | Controllo cantonale delle finanze | A confirmé la violation répétée de la loi sur les marchés publics |
Les personnes
| Personne | Fonction | Rôle dans l’affaire | Statut |
|---|---|---|---|
| Paolo Beltraminelli | Conseiller d’État (PPD), chef du DSS | A signé le contrat (16.09.2014) ; a défendu le mandat au Grand Conseil le 13.03.2017 sur des arguments (urgence, montant et rémunérations) ensuite réfutés par l’expertise de Marco Bertoli | Jamais inquiété par la justice. Non réélu en avril 2019 |
| Norman Gobbi | Conseiller d’État (Lega), chef du Département des institutions | Informé de l’opération Fedpol la veille ; s’est retranché derrière le secret de fonction | Mis en cause politiquement, pas judiciairement |
| Claudio Blotti | Directeur de la DASF (jusqu’au 30.09.2016) | Signataire du contrat 2014 ; versions contradictoires avec Scheurer sur la conscience du problème | A quitté la division le 30.09.2016 |
| Renato Bernasconi | Chef de la DASF (dès octobre 2016, venu du DFE) | Auteur de l’e-mail à Securitas demandant d’écarter l’ex-agent ; au courant des faits de Bormio dès l’été 2017 sans en informer Beltraminelli ni le MPC | Pénalement disculpé |
| Renato Scheurer | Chef de l’USSI | A été dessaisi de ses responsabilités le 08.03.2017 ; aurait voulu rétracter sa version ; départ en préretraite | Dessaisi puis préretraite |
| Carmela Fiorini | Responsable du Service requérants d’asile (USSI) | Bénéficiaire du séjour offert à Bormio par Sansonetti (oct. 2014) | Après les vérifications internes du canton, sans conséquence pour la fonctionnaire |
| Marco Sansonetti | Responsable opérationnel d’Argo 1 | A réservé et payé le séjour de Bormio pour Fiorini et son compagnon ; sous enquête pour usure et séquestre de personne | Arrêté le 22.02.2017 ; décret de non-lieu sur les chefs de corruption (nov. 2018) |
| Davide Grillo | Administrateur unique d’Otenys SA et d’Argo 1 SA | Signataire du contrat ; a repris Otenys, déposée chez la fiduciaire de P. Della Santa | Cité dans le dossier ; ni arrêté ni mis en cause. Décret de non-lieu (nov. 2018) |
| Fiorenzo Dadò | Président du PPD (compagnon de C. Fiorini) | Présent à la « réunion secrète » de l’été 2017 ; bénéficiaire du séjour de Bormio | Versions évolutives entre sept. et oct. 2017 |
| Umit Y. | Agent d’Argo 1 | Arrêté le 22.02.2017, accusé de recrutement pour le groupe Jabhat al-Nusra ; condamné en août 2017 (2 ans et 6 mois) | Condamné ; nationalité suisse retirée (SEM 2019, confirmé TF avril 2022) |
| Marco Bertoli | Expert mandaté par le Conseil d’État (à ne pas confondre avec Manuele Bertoli, alors conseiller d’État) | Son rapport réfute les justifications (urgence, montant et rémunérations) du mandat | Expert externe |
| Andrea Pagani | Procureur général | Décret de non-lieu (nov. 2018) sur les soupçons de corruption | — |
| Ivo Durisch | Député, groupe PS | Auteur des interpellations parlementaires (44.17, IN1722) | Élu PS |
| P. Della Santa | Titulaire de la fiduciaire où était déposée Otenys | Visé par un décret d’accusation | Cité dans le dossier |
Les liens (faits établis)
- Beltraminelli dirige le DSS, qui chapeaute la DASF, qui chapeaute l’USSI / SRA.
- Beltraminelli, Blotti, Grillo et Sansonetti signent le contrat du 16.09.2014.
- Otenys SA détient Argo 1 ; Grillo en est l’administrateur unique.
- Sansonetti (Argo 1) offre le séjour de Bormio à Fiorini (USSI) et à son compagnon Dadò (oct. 2014).
- Fiorini et Dadò sont en couple.
- Bernasconi apprend les faits de Bormio (été 2017) et n’informe ni Beltraminelli ni le MPC.
- Bernasconi écrit à Securitas pour écarter l’ex-agent d’Argo 1 (oct. 2017).
- Umit Y. est agent d’Argo 1 ; arrêté par le MPC/Fedpol le 22.02.2017.
- Durisch (PS) dépose les interpellations ; le PS demande puis obtient la CPI.
- Marco Bertoli remet une expertise qui réfute les arguments de Beltraminelli.
Zones d’ombre et hypothèses (à vérifier, non établies)
- Hypothèse d’une attribution « pilotée » en faveur d’Argo 1 au détriment de la concurrente Rainbow (soulevée dans les memos, non tranchée).
- Question de la « conscience du problème » au sein de l’USSI : qui savait, qui a informé Beltraminelli (versions contradictoires Blotti / Scheurer).
- Hypothèse, avancée par l’enquête personnelle, que l’affaire dépassait le Tessin et que MPC/Fedpol auraient laissé le canton gérer les suites (non confirmée, silence des autorités).
- Nature exacte de l’activité d’Otenys SA (« collecteur entre science et industrie ») jamais élucidée.
- Lien possible entre le départ de Blotti (30.09.2016) et la préretraite de Scheurer (analogie soulevée, non établie).